Pourquoi T!O
Suite à la grande accélération (Steffen et al., 2007), une pression excessive sur la zone critique (Ashley, 1998) a conduit au dépassement des limites planétaires (Rockström et al., 2009) et engendré une polycrise — situation complexe où plusieurs crises interconnectées et interdépendantes convergent, amplifiant mutuellement leurs effets (Morin & Kern, 1993) — qui appelle une remise en question profonde des activités humaines et invite à 5 changements :- un changement de logique pour passer de la logique classique binaire d'Aristote, du tiers exclu, à une logique de l'énergie (Lupasco, 1951), du tiers inclus, éclairant le fonctionnement du vivant.
- L'enjeu est de passer de la notion de catégories (point de vue, statique) à celle d'attracteurs (point de vie, dynamique).
- Cette logique présente de fortes analogies avec le taoïsme.
- un dépassement de la pensée réductionniste dérivée du cartésianisme par l'adoption d'une pensée systémique (Meadows, 2008), mode de pensée basé sur les interactions pour comprendre comment les systèmes dynamiques fonctionnent, invitant à considérer les écosystèmes, dans lesquels chaque acteur/agent a sa propre identité et autonomie, pour aller vers des échosystèmes, écosystèmes en résonance amortie.
- un modèle économique respectueux du vivant, centré sur l'équilibre des besoins et des ressources (Serres, 1990), abondonnant la loi obsolète car "hors-sol" du développement de l'offre et la demande.
- un abandon du culte de la performance pronée par le système économique actuel pour retrouver de la robustesse (Hamant, 2022), vitale dans un monde fluctuant.
- un mode d'action adapté à l'incertitude, consistant à « ressentir, expérimenter, ajuster » plutôt que « prévoir, commander, contrôler ».
Une langue sert de « pont entre soi intérieur et l'autre extérieur (personne, objet…). Mais c'est l'analyse de l'interpénétration entre intérieur individuel et extérieur social entretenue par la grammaire qui est intéressante et révélatrice. » (Noubel, 2013:42). Une langue permet la communication et l'échange de ressentis et d'idées entre des individus, jouant un rôle essentiel dans la découverte, l'identification, le stockage et le partage d'informations, produisant des connaissances.
Remarques
- Même si ces recherches s'inscrivent dans la systémique, l'emploi du terme organisation est préféré à celui de système, ce dernier étant souvent associé à la dynamique de commande contrôle (désignée par C2 chez les anglo-saxons).
- L'organisation est en capacité d'agir par elle-même (auto-organisation), au sein d'un écosystème (éco-organisation).
- En transformation continue, l'organisation est en équilibre dynamique entre ordre (elle va alors se déorganiser selon le principe d'antagonisme) et désordre (elle va alors chercher à se réorganiser), à différents niveaux d'espace et sur différentes échelles de temps.
Stratégies de transformation
T!O s'articule avec d'autres stratégies de transformation- rendre visible ce qui est occulté
- boycott
- changer les règles du jeu, afin que les nouvelles règles offrent à l'une des parties un avantage ou un inconvénient.
Bibliographie
- Courtier-Orgogozo, Virginie (2023) Penser le vivant autrement, Collège de France
- Ashley Gail M. (1998) Where are we headed? ‘Soft’ rock research into the new millenium Geological Society of America (GSA), Program with Abstracts GSA, Toronto, Ont, p. Abstract# 50167
- Hamant, Olivier (2022) La troisième voie du vivant, Odile Jacob
- Lupasco, Stéphane (1951) Le principe d'antagonisme et la logique de l'énergie, Le Rocher
- Meadows, Donella (2008) Pour une pensée systémique, Rue de l'échiquier
- Morin, Edgar & Kern, Anne Brigitte (1993) Terre-Patrie, Seuil
- Noubel, Jean-François (2013), Intelligence collective La révolution invisible
- Rockström John, Steffen Will, Noone Kevin et al. (2009) A safe operating space for humanity. Nature 461, 472–475. https://doi.org/10.1038/461472a
- Serres Michel (1990) Le contrat naturel, Flammarion
- Steffen Will, Crutzen Paul J. et McNeil John R. (2007), « The Anthropocene: Are Humans Now Overwhelming the Great Forces of Nature? », Ambio, Royal Swedish Academy of Sciences, vol. 36, no 8, décembre 2007, p. 614